Circulaire DGS n° 96-277 du 19 avril 1996
relative à la surveillance de la maladie de Creutzfeldt-Jakob
Résumé : surveillance de la maladie de
Creutzfeldt-Jakob
Mots-clés : maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ),
surveillance épidémiologique
Textes de référence : Circulaire DGS/DH n° 100 du
11 décembre 1995 relative aux précautions à observer en milieu
chirurgical et anatomopathologique face aux risques de
transmission de la maladie de Creutzfeldt-Jakob.
Textes abrogés ou modifiés : néant
La maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) est une maladie
considérée comme rare ; son incidence annuelle est inférieure
à un cas par million d'habitants (pour plus de détails, voir la
circulaire n° 100 du 11 décembre 1995). Il s'agit d'une
encéphalopathie spongiforme humaine. La plupart des cas de cette
maladie sont spontanés, parfois d'origine génétique.
Toutefois, on a noté ces dernières années, l'apparition et la
progression importante de formes iatrogène, en rapport avec une
contamination interhumaine (par inoculation cérébrale directe
ou de proximité - greffes de dure mères, électrodes
intra-cérébrales, greffe de cornée - ou par inoculation
périphérique - hormones pituitaires extractives -
gonadotrophines ou hormone de croissance-).
La surveillance de la MCJ repose sur un réseau mis en place
en 1991 par l'INSERM, géré par l'unité 360 et regroupant
plusieurs groupes de recherche ainsi que des neurologues et
neuropathologistes. Le but du réseau est de regrouper les
données et d'analyser l'ensemble des cas de MCJ : entre 1992 et
1995, 211 cas ont été enregistrés dont 182 cas certains
(confirmés par neuropathologie ou présence de la PrP anormale)
ou probables (clinique et électroencéphalogramme
caractéristiques) : 84 % d'entre eux sont des cas sporadiques,
13 % sont génétiques et 3 % sont iatrogènes (par greffe de
dure-mères) ; les 42 cas actuellement attribuables à l'hormone
de croissance extractive ne sont pas inclus dans ces données.
L'incidence annuelle (0,78 par million d'habitants) est stable
sur cette période, l'âge moyen de survenue est de 65 ans et la
durée moyenne de la maladie est de 8 mois.
Cette situation épidémiologique est sensiblement
équivalente à ce que décrit la littérature et aux données
des 4 autres pays participant au réseau européen de
surveillance de la MCJ (Allemagne, Italie, Pays Bas et Royaume
Uni).
Parallèlement, il existe des encéphalopathies spongiformes
transmissibles (EST) chez l'animal : tremblante du mouton,
encéphalopathie spongiforme bovine (ESB)... Mais, jusqu'à
présent, aucune contamination de l'animal à l'homme n'avait pu
être suspectée.
La publication récente par le Royaume Uni de 10 cas d'une
forme particulière de MCJ non observée jusqu'alors et pouvant
être liée à l'ESB soulève des questions d'une portée
considérable. Ces cas tirent leur particularité :
- de l'âge de survenue (avant 41 ans) ;
- de l'absence de cause génétique ou iatrogène ;
- de la symptomatologie (troubles psychiatriques initiaux,
électroencéphalogramme sans les anomalies observées dans la
MCJ classique) ;
- de la durée d'évolution (entre 6 et 22 mois) ;
- de l'aspect anatomique (plaques amyloïdes de type kuru et une
spongiose prédominant dans les noyaux gris centraux et le
thalamus avec, à l'immunocytochimie, une intense accumulation de
PrP dans le cervelet).
Un cas similaire vient d'être décrit en France (à Lyon).
Cette nouvelle variante de maladie de Creutzfeldt-Jakob
(N-MCJ) a conduit les spécialistes britanniques à envisager la
possibilité d'un lien entre cette nouvelle forme et l'exposition
à l'agent de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). Cette
hypothèse, non confirmée à ce jour, incite à une vigilance
particulière et nécessite le renforcement du système de
surveillance actuel de la MCJ.
Compte-tenu de l'importance essentielle que revêt une
enquête épidémiologique, approfondie et systématisée, la
déclaration obligatoire de la MCJ vient d'être décidée et
annoncée par mes soins le 5 avril 1996.
Sans attendre la parution du texte concrétisant cette
décision, je vous demande d'attirer l'attention des responsables
des services de neurologie, de psychiatrie, mais aussi de long
séjour de votre département, sur la nécessité de signaler
tous les cas suspects et d'inciter ces médecins devant toute
suspicion sérieuse à se mettre en contact, dans les plus brefs
délais et sans attendre la confirmation du cas, avec :
L'analyse minutieuse des antécédents du patient,
l'évolution de la maladie, les résultats des examens
complémentaires et notamment l'anatomopathologie qui devra être
pratiquée le plus systématiquement possible, tout en respectant
la volonté des familles et les conditions de sécurité du
personnel, permettront de confirmer la maladie en liaison avec
les spécialistes du réseau de l'INSERM.
Cette circulaire est destinée à l'ensemble des
établissements de soins publics et privés, dont les centres
hospitaliers spécialisés, afin d'être diffusée à tous les
praticiens des services et consultations de médecine,
neurologie, neurochirurgie, psychiatrie et gériatrie, incluant
les services de moyen et long séjour.
Je vous demande de bien vouloir me tenir informé des
éventuels problèmes rencontrés dans l'application de cette
circulaire.
Le Directeur Général de la Santé
Jean-François GIRARD
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